Les Bibliothèques de Compiègne conservent dans le Cellier cinquante ouvrages au charme qui peut sembler désuet mais qui ont marqué leur époque.

 La reliure en papier existe depuis le XVIIème siècle mais elle va s’imposer, pour des raisons économiques, pour les almanachs et d’autres petits ouvrages destinés aux femmes et aux enfants après le Premier Empire.

La commercialisation des ouvrages se fait par des catalogues qui regroupent les titres par thèmes, par collections, et comportent toujours l’approbation d’une autorité religieuse garante de la moralité. Entre 1840 et 1870, ces ouvrages sont fabriqués en série. On parle alors de cartonnage.

Qu’est-ce qu’un cartonnage ? « Les cartonnages ou emboîtages sont des reliures très légères et à un prix relativement peu élevé que l’on applique aux ouvrages de consommation général ou à ceux que l’on se propose de faire habiller plus tard d’une manière plus sérieuse »

Pour les décors et l’illustration des médaillons, on se sert de la lithographie qui permet de produire rapidement et à moindre coût.

Il existe trois types de cartonnages :

  • Cartonnages lithographiés :

De 1840 à 1855 : la mode est aux cartonnages en papier lithographié, souvent en couleurs, d’où parfois le nom de cartonnages chromolithographiés. Il présente une série de petits médaillons avec des scènes en rapport avec le texte. Ces livres sont souvent à fond clair, crème ou au contraire, à fond très foncé, noir ou marine avec un décor multicolore.

  • Cartonnages gaufrés

Cartonnage gaufré : cartonnage avec papier avec une empreinte en relief. Ils sont fabriqués en série entre 1840 et 1860.

En règle générale, les ouvrages n’offrent à la vue qu’un seul médaillon placé sur le recto du livre. Vers 1845, on voit apparaître au centre de la couverture, un médaillon gaufré, très fin qui met en scène des personnages, des animaux, des fleurs ou des paysages.

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  • Les cartonnages gaufrés à médaillon

Ce sont les plus nombreux. Ils apparaissent vers 1840 et perdurent jusqu’en 1880. Ils remplacent progressivement les cartonnages gaufrés.

Au centre de la couverture, est pratiquée une ouverture ovale, rectangulaire ou fantaisie qui laisse apparaître une image lithographiée et coloriée. La vignette est alors mise en couleur, soit à la main, soit par procédé lithographique. Cette petite illustration peut avoir un rapport avec le contenu du livre ou être complètement passe-partout, sans aucun rapport avec le contenu du livre et semblent être des unités de surplus que l’on se contente de placer sur une couverture.

De nombreux décors existent : décors à motifs géométriques (le même motif sur toute la couverture), décor à écoinçon (décor situé dans les angles), décor à arabesque (décor qui répète de manière symétrique des motifs végétaux stylisés, décor floral (La fleur est presque toujours associée à d’autres éléments du décor), décor rocaille (formes, torturées, symétriques, minérales, les coquillages), décor à la cathédrale (seule invention du 19ème siècle): décor réalisé à l’aide de plaques où on retrouve des rosaces, colonnes, balustrades, arcade, pinacle …

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Les couleurs se retrouvent sur de nombreux ouvrages. Les couleurs dominantes sont - après le blanc et le crème qui sont légion - les couleurs pastel comme le vert pastel, le rose dragée, le bleu glacier ou plus rarement des couleurs foncées : bleu de Bretagne, bleu marine, violet, lie-de-vin.

Pour la forme des médaillons, elle est obtenue par l’évidement de la couverture. Il existe des ovales, des fantaisies, des rectangulaires. Mais une seule forme est commune à tous les éditeurs : la forme rectangulaire à angles arrondis.

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Il existe aussi des exemples où le médaillon est mal disposé, le contour du cadre réservé au médaillon est irrégulier…Ceci est dû à une partie du travail encore fait à la main. Ces « malfaçons » en font tout leur charme.

A partir des années 1870 - 80, les cartonnages sont abandonnés. C’est alors la vogue des reliures en toile de couleur vive, bleu, vert, blanc et surtout rouge comme les plus célèbres, celles des Voyages extraordinaires de Jules Verne publiés par Hetzel.

Ces livres sont consultables dans le Cellier à la Bibliothèque Saint- Corneille.